C’est à Rome, dans une ancienne école du quartier Ostiense, que Katia et Marielle Labèque, immenses pianistes, ont créé un studio d’enregistrement à nul autre pareil. Un décor inspirant orchestré par Serena Mignatti et Axel Vervoordt.

Dîner en clair-obscur
Murs de briques patinées par le temps, sol en béton ciré, rideaux en toile de lin retrouvés dans une vieille malle… tout l’univers décoratif « Wabi » d’Axel Vervoordt. La salle à manger et sa longue table italienne du XVIIIe siècle, encore partiellement peinte, compose un décor aux accents caravagesques. Chandeliers contemporains en verre, bancs montagnards en bois, début XIXe.

Un salon de briques nues et de bois brut, inspiré des docks du port d’Anvers

Salon de musique
La lounge room, qui fait aussi office de « control room », étonne par ses proportions. Voilées de lin ancien, les fenêtres inondent la pièce d’une lumière douce. Un canapé “Brian” houssé de coton blanc et un club “Victoria” (les deux, Axel Vervoordt Home Collection) reposent sur un épais tapis de laine qui absorbe encore un peu plus les bruits. Sur le mur, une vieille planche sert de support au rétroprojecteur, tandis qu’un plateau de table joue les oeuvres d’art. Une petite collection de tabourets, une énorme boule de pierre sculptée par les moines thaïs et une sellette d’artiste XIXe siècle (Axel Vervoordt) complètent le décor de cet espace ascétique mais confortable.

Sous contrôle
A l’opposé du salon, l’espace technique est placé sous une mezzanine. C’est le domaine de David Chalmin qui gère l’ensemble du studio. Deux silhouettes coiffées d’une chevelure de jais bouclée… Sur toutes les scènes du monde, ces deux soeurs, complices de clavier, emportent les foules. Un père français, médecin et mélomane, et une mère italienne, pianiste, leur ont transmis l’amour de la musique et de l’Italie. Résultat, voici trente ans que les célèbres pianistes françaises vivent au-delà des Alpes. Après Florence, c’est à Rome qu’elles se ressourcent entre deux voyages. Et pour donner pleinement les moyens à leur label KML Recordings, né en 2007, elles ont même créé un studio d’enregistrement atypique en plein coeur d’Ostiense, le quartier romain qui monte. « Nous voulions depuis longtemps avoir notre propre studio, un lieu de concentration, de répétitions et d’enregistrements, explique Katia. Nous l’avons trouvé au coeur d’un îlot d’immeubles ouvriers. C’était une ancienne école croulant sous la verdure. »
« Tout dans ce bâtiment industriel était à refaire », témoigne Serena Mignatti, l’architecte italienne et amie des soeurs Labèque, qui a mené de bout en bout ce chantier colossal. « Le cahier des charges était à la fois simple et très complexe, explique-t-elle. Il fallait réussir à intégrer les contraintes techniques les plus pointues du moment sans que cela se voie. Le résultat final devait ressembler à une maison à l’esprit subtilement dépouillé. » Deux ans durant, la structure est désossée, épurée, allégée, tandis que certains éléments (pierre, planches) sont récupérés. Aujourd’hui, le squelette du bâtiment tient la vedette, semblant avoir toujours été tel quel. Habillé de pièces patinées par le temps, chinées chez l’antiquaire Axel Vervoordt, proche de Katia et Marielle, le studio est apaisant, sobre et enveloppant. A la manière d’une petite musique de nuit…

Dans le studio du musique, des panneaux marquetés habillent le plafond de briques

Pianissimo
La salle aux pianos : saint des saints du studio. Quatre instruments se partagent cet espace au sol parqueté : deux piano-forte Silberman, reproduction exacte des instruments utilisés à l’époque de Bach, et deux pianos Steinway modèle D. Pour garantir un son parfaitement pur, trois panneaux acoustiques de mousse absorbante ont été cachés derrière des tapisseries africaines, tandis que des éléments de parquet XVIIIe ont été suspendus au plafond.

Enduit de béton grisé et simplicité modeste dans la cuisine

Cuisine flamande
On pourrait se croire dans la cuisine d’une vieille ferme… On est pourtant à Rome, dans un quartier en pleine renaissance. Enduit de béton sur les murs, plans de travail en ardoise épaisse, rideaux noirs en lin, planches anciennes, autant de détails qui créent une atmosphère unique. Au fond, étagère en bois suspendue début XIXe siècle et console “Artempo” (Axel Vervoordt).

Suite en gris majeur
Beige, gris, taupe, noir… Pas de couleurs criardes au studio mais un camaïeu de teintes sourdes, y compris sur les portes XXL recouvertes de béton. Dans le salon, table basse “Phi” en schiste (Axel Vervoordt).

Mise en scène

A l’étage, Katia et Marielle conservent leurs costumes de scène derrière un long rideau vert, une soierie du XVIIe siècle qui les suit depuis plus de vingt-cinq ans au gré de leurs déménagements. Armoire alsacienne polychrome fin XVIIIe (Axel Vervoordt) et chaise ancienne.

Lever de rideau sur le jardin secret des soeurs Labèque

L’esprit Wabi Sabi
Dans la salle de bains en tadelakt, une baignoire contemporaine couverte de béton côtoie une vasque en pierre. Seule touche de couleur, un kimono rapporté du Japon par Katia.

Réalisation : Marie-Claire Blanckaert - Texte : Danièle Gerkens - Photos : Marie-Pierre Morel

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