C’est un duplex aux deux visages, à la fois appartement et studio photo, que l’artiste Jean-Baptiste Huynh a choisi comme cadre de vie. Elégant, l’homme aux portraits excelle dans l’art de l’harmonie. Une exposition en avril à Paris, une autre en mai au Vietnam mettront en lumière son oeuvre très singulière.

Photo-génie
L’artiste dans son cadre, un duplex à l’esprit wabi-sabi qui sert d’écrin à ses photographies. Entre les fenêtres habillées de rideaux en soie sauvage (Jim Thompson), photo d’Irving Penn. Sur la méridienne (Armani Casa), plaid en laine et cachemire (Descamps). Au-dessus du meuble bibliothèque (Flamant), “Nu 81” de Jean-Baptiste Huynh. Table basse scandinave.

Loin d’éviter les clichés, l’aménagement de cet appartement en duplex les collectionne. Non pas les clins d’oeil à la décoration soignée des coffee-table books, mais la mise en abyme d’un travail d’artiste au long cours. Photographe, Jean-Baptiste Huynh est célèbre pour ses portraits. Réalisés avec une seule source de lumière, ils offrent un rendu diaphane et monochrome dans lequel baignent les visages. Telluriques, ethniques, ses images oscillent entre zen et palpitation car l’apparente grisaille, par le photographe revendiquée, y est enluminée toujours par l’éclat des regards. Cette neutralité à reflets métalliques, on la retrouve magnifiée dans ce repaire sis en fond de cour. Tiré sur deux immeubles aux planchers disjoints, l’appartement a des allures de bateau. L’écart de hauteur des niveaux y est rattrapé par une envolée de marches. On monte, on descend. Au rez-de-chaussée, une entrée et un couloir donnent sur un studio de photographe. Puis un escalier  accolé à un mur de briques peintes en blanc comme dans un loft new-yorkais. A l’étage, une cuisine flanquée de sa petite salle à manger. Deux lustres classiques à breloques de cristal confèrent à l’ensemble un zeste suranné Grand Siècle. Pièce maîtresse, exposée en majesté, deux poteaux de soutien en bois qui furent sans doute des mâts de navire. Divine surprise, ils ont émergé des plâtres à la faveur des travaux menés avec l’architecte Sylvain Proyart. Ensuite une enfilade de trois pièces, qui, vues en perspective, semblent échappées d’un tableau hollandais. Soudain, nous voici immergés dans un Vermeer à reflets taupe. Partout, l’atmosphère cendrée de ses photos se retrouve distillée. De grands rideaux gris à l’argent scintillant drapent les volumes et ces mêmes étincelles de métal surgissent au hasard des bonds d’un chat, gris lui aussi, de nuit comme de jour. Que ce félin ait, avec résolution, déchiqueté les canapés et même un superbe tapis de soie est dans l’ordre des choses. Il a mis sa patte à la décoration, ajoutant à l’usure vénérée par l’artiste, sa touche de destruction griffée.

Perspective
Dans la salle à manger, la simplicité du bois brut fait écho au classicisme du parquet Versailles. Une ronde de chaises (The Conran Shop) entoure une table en bois brut de Stéphane Olivier. Au-dessus de l’étagère, photo “Japon. Mer 3” de Jean- Baptiste Huynh. Découvertes pendant les travaux, les colonnes sont probablement des mâts de bateau.

Une cuisine sur mesure qui joue les galeries photos

Cuisine d’exposition
Elégance bourgeoise et simplicité monastique, un télescopage de styles avec le lustre en cristal et les dalles en pierre de Bourgogne modernisées par la cuisine en teck dessinée par l’architecte Sylvain Proyart. Lampe (CFOC). Tabouret de bar chiné aux Puces. Sur l’étagère, portrait de jeune garçon “Ethiopie, portrait 3” béni par les croix copte et chrétienne.

Studio photo et lieu de nouvelles expérimentations

Temps de pause
Au rez-de-chaussée, le studio de photo est une petite annexe de celui qui existe à quelques encablures. Y sont exposées temporairement deux photos d’un travail nouveau qu’il fait à travers des miroirs en mercure du XVIIIe.

Souvenirs de voyages
Au rez-de-chaussée, l’escalier et le mur en brique ont été peints en blanc pour moderniser le couloir d’entrée. Sont rangés pêle-mêle, les bûches, les pierres et les galets archéologiques, souvenirs de voyages. Photo d’un couple de lotus réalisée par Jean-Baptiste Huynh à Hanoï, en 1997.

Hommage au wabi-sabi japonais qui veut que l’éphémère soit culte, la décoration se pare ici de quantité de scories, de déchirures, de mini-dégâts qui le vernissent. Les planchers Versailles, les superbes dalles de pierre de la cuisine, les grandes portes de bois éclaboussées d’une myriade d’éclats blancs ont ce glacis des vieilles peintures, le constellé obscurci des miroirs anciens dont l’artiste a la passion. Ni minimalisme ni surexposition, mais un appartement sensible à l’épreuve du temps. Tous les photographes le savent, seul le temps adoube les épreuves que sont leurs images. Il en va de même pour les écrins qui les accueillent, et d’autant plus s’ils sont pensés avec ferveur. Jean-Baptiste Huynh l’avoue, il peut rester des heures à contempler une latte de plancher pour en déterminer la couleur, à dessiner des étagères parfaitement accordées à la taille de ses livres dont il suit la fabrication. Amoureux des cadres qui sertissent ses clichés, il l’est encore plus des cadres de vie. Celui-ci est de son art photographique, révélateur.

Réalisation : Marie-Claire Blanckaert - Texte : Philippe Trétiack- Photos : Bruno Suet

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