Du rififi à Saint-Germain-des-Prés ! Vincent Darré signe le décor du nouvel hôtel en vue, le Montana. Lever de rideau sur les dernières facéties de ce décorateur inclassable.

Angle de réflexion
Une coiffeuse italienne des années 60 éclairée d’une lampe de style Vallauris des années 50 officie dans une des chambres. Chaise-conversation de velours bleu (Maison Darré). Murs et appliques sont des créations de l’Atelier Poulaillon. Bow-window cubiste signé par les architectes Bona- Lemercier. Moquette “Anamorphose” (Codimat).

Dans une des suites, un panoramique cubiste joue le premier rôle

Suite “Bleu Fresque Acide”
Point fort du décor, un panoramique réalisé par les ateliers Poulaillon à partir d’un dessin cubiste de Vincent Darré. Tous les meubles ont été chinés : fauteuil italien et lampadaire des années 60, banquette des années 40. Lit tendu de velours bleu réalisé pour l’hôtel.

Etrange conversation entre les fauteuils d’une pièce surréaliste

Suite “Noir métaphysique”

Le grand paravent tapissé de panneaux peints à la main et vernis (atelier Khanh, au Vietnam) cache un dressing. Sofa, fauteuil conversation et pouf (Maison Darré). La table en céramique années 60 et le lampadaire ont été chinés. Moquette “OEil” d’après un dessin exclusif (Codimat). Vincent Darré a tiré de ces turbulentes années le meilleur. Légendaire touche-à-tout, vêtu d’une chemise à rayures et d’un noeud pap’, il conduit la visite avec délectation. Il a conçu les moquettes (frappées du logo vaguement romain-maçonnique du Montana ou bien hallucinatoires façon anamorphose, ou encore parsemées d’une efflorescence d’yeux en amande), a chiné des objets dispendieux un peu partout, produit des têtes de lit, des miroirs, des bureaux, des luminaires de telle manière que chaque chambre-suite soit une aventure en soi, un mystère à la Cocteau. Les murs sont ornés de dessins à la main de l’artiste Alexandre Poulaillon ; les couloirs, tapissés de papiers peints signés Vincent Darré ou Hermès, sont cinétiques et obsédants. Le résultat est parisien en diable et néanmoins mâtiné d’un fumet de “Chapeau melon et bottes de cuir”, très pop sixties, farouche et délicieux. Les salles de bains carrelées de noir à reflets de piscine ont un côté Gainsbarre. Travaillant en osmose avec les architectes, Vincent Darré a réglé avec eux la mécanique des volets de métal qui épousent, depuis l’intérieur des chambres, le rythme de la façade. C’est somptueux. Bref, du sous-sol à la terrasse, appelée à devenir demain un bar à sushis select, ce n’est que luxe et propagande pour un Paris destiné à figurer en fond de décor d’une comédie musicale. Gene Kelly est appelé sur le pont. Repris par l’homme de presse Jean-Yves Le Fur, l’hôtel devrait faire fureur avec son restaurant baptisé La Gauche Caviar. La provocation et le snobisme montés en neige en quelque sorte. Il est ultra, le Montana.

Accords provoc’ en bleu électrique, ultraviolet et orange sanguine

Suite “David Hicks”
Hommage au grand décorateur des seventies, une chambre à la palette électrique. Tête de lit dessinée pour le Mondrian et tapissée de coton lilas (Pierre Frey). Rideaux coordonnés galonnés de gros grain noir. Lampe en métal argenté (maison Carvay).

Flashy back
Bleu, orange, rose, rouge… Ecrin sur mesure pour la table basse en aluminium des années 70 et la tapisserie d’artiste des années 60. Sur la cheminée en marbre XIXe, lampe en céramique de Henriette Jansen. Fauteuil (Maison Darré) recouvert d’un velours chaudron (Lelièvre) et moquette “Montana” (Codimat).

Réalisation : Marie-Claire Blanckaert - Texte : Philippe Trétiack- Photos : Nicolas Mathéus

Brut de nature
Un penthouse hors-norme, the mark hôtel