Etre conservateur n’est pas signe d’immobilisme. L’architecte décorateur Aymerick Chastenet de Géry aime au contraire bousculer les époques et faire valser les conventions sans tout révolutionner. Une élégante façon de réviser les classiques.

Totale conception
Un salon a priori ultraclassique… mais où chaque élément est d’une grande modernité, comme les tables basses en bronze et en métal, imaginées par le décorateur (réalisation La Forge de Style) ainsi que les deux fauteuils (tissu Pierre Frey). Au-dessus du canapé assorti, bas-relief en plâtre sculpté par Pierre Wagner avec, de part et d’autre, des peintures de Yan Marczewski. Devant, lampes en plâtre du sculpteur Philippe Anthonioz. Peintures murales (Farrow & Ball).

Meubles d’exception et pièces design se reflètent à l’infini dans les jeux de miroir

Intenses réflexions

Véritable cocon de lumière, la salle à manger égare le regard à coup de table en Inox (design Aymerick Chastenet, réalisation La Forge de Style), de plafond à la feuille d’argent et de murs miroirs. Chaises années 50 de Pierre Guariche. Suspension en plâtre de Jacques Darbaud (galerie Leduc, Nice).

Vent du nord

La cuisine peinte en vert-de-gris associe charme et technique. Suspension (Normann Copenhagen), tabourets (Ikea). A côté de la cuisinière (Aga), vase en céramique émaillée argentée (La Boutique des Saints-Pères). Au mur, tableaux de René Gayot et Costanzo Waldemaro Figlinesi. Le plan de travail est en marbre Afyon White.

Galerie des glaces
Dans l’entrée, qui déroule son parquet Versailles en chêne, l’oeil transperce une sculpture organique de Willy Betz, encadrée de rideaux en taffetas de soie (Veraseta). Rythmant l’espace, appliques murales en bronze et abat-jour en tissu plissé (design Aymerick Chastenet). Les portes sont habillées de miroir vieilli (miroiterie Judice Lagoutte).

La ligne de partage entre classicisme et conservatisme est souvent ténue. Aymerick Chastenet de Géry les renvoie dos à dos, leur préférant une approche contemporaine nourrie du meilleur d’hier. « Je ne donne pas dans la reconstitution, confie-t-il amusé, j’aime simplement relire le passé. » Mieux, le réinventer dans le présent. La querelle entre les anciens et les modernes, cet architecte de 41 ans l’a soldée en mettant son talent au service de Peter Marino et de Jacques Garcia. Puis il a tué les pères pour enfin tracer son chemin.
Une voie médiane que cet appartement permet de parcourir. « J’épure le classicisme et tente d’atteindre l’essentiel… sans bavardage ; je poursuis en sensualité, chaleur et élégance… sans opulence », ajoute le décorateur. Au final, un voyage ponctué de surprises à travers le temps, mais aussi dans l’espace, par celui qui se définit comme un « luxe-trotter ». L’inspiration, il la puise au Brésil ou en Afrique, chez les architectes ensembliers des années 20 à 40 : Robert Mallet-Stevens, Jean-Michel Frank, Armand Albert Rateau… Pour fondre le tout, une palette de teintes douces où les pastels oscillent entre Wedgwood et Jacques Demy. Partout, Aymerick exploite les surfaces, aligne les matières comme autant d’atouts. Matières nobles, comme ce cuir Jakarta tendu dans le bureau. Mates, comme ces plafonds onctueux argentés ou dorés à la feuille auxquels font écho les nombreux miroirs. Et si le classicisme était le dernier refuge contre le conformisme ?

Cuir de Jakarta et fauteuil d’Eames, le bureau impose son élégance masculin

Esprit colonial
Tendus de cuir Jakarta (Moore & Giles / Ido Diffusion), les rangements et le bureau aux pieds en plâtre sculpté par Pierre Wagner opposent leur clarté à l’anthracite des murs. Un fauteuil “EA 117” de Charles Eames (Vitra) tourne le dos aux “Panthères” de l’artiste néerlandais Jan Van Naeltwijck. Appliques dorées (Atelier Mauduit-Biard). Peintures (Farrow & Ball).

Un couloir rose poudré subtilement habité par un nu féminin

Ambiance boudoir
Dans la chambre, couvre-lit en mohair (Brun de Vian Tiran), draps (Yves Delorme), coussins réalisés par l’Atelier H. Lequippe et tête de lit en tissu (collection “Vasco”, Pierre Frey). Miroir gravé et rétroéclairé d’après un dessin de Cy Twombly (Atelier Reverchon). A droite, photographie d’Antonia Torres.

Beaux miroirs
Les murs en miroir et profils chromés de la salle de bains évoquent un écrin à bijoux. Sous une suspension en verre teinté améthyste d’Aymerick Chastenet (Verreries de Bréhat), la vasque est sculptée dans la masse (marbre Afyon White) et le meuble lavabo équipé de miroirs biseautés. Robinetterie “Carpe”. (Volevatch). Bougie teinte améthyste (BHV) et serviettes brodées (Atelier H. Lequippe).

Réalisation : Marie-Claire Blanckaert - Texte : Laurent Montant- Photos : Gilles Trillard

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